13 mai 1992 : prise dotages dans une maternelle à Neuilly-sur-Seine. Le preneur dotages, Erick Schmitt (1951 - 1992) alias " Human Bomb ", est tué le 15 par les hommes du RAID. Il est fatigué, on lui sert du café empoisonné de drogue. Il délire, s'endort. Un flic lui colle trois balles dans la tête à bout portant.
Il paraît que cet "épisode" a inspiré un opéra dramatique Suédois.
2 juin 2000 : prise d'otage au Luxembourg. Meji Bejaoui, 39 ans, "pète un plomb" d'après son copain Antonio. Les flics réquisitionnent une voiture de RTL, vont interviewer le preneur d'otage. Il s'écarte des enfants un instant. Deux coups de feu, tirés de plus de 50 métres. Une balle dans la tête.
Il semblerait qu'aprés avoir été opéré, il puisse s'en sortir.
Dans les deux cas, à huit ans d'intervalle, la technique finalement utilisée est la même : tuer l'homme.
Dés que l'annonce de la prise d'otage est faite, le spectateur est immédiatement pris en otage de l'opération médiatique qui accompagne ce genre d'événement. Les équipes de journaliste se rendent sur place, les caméra sont mises en place sur le toit de l'imeuble d'en face, et on va nous resservir les mêmes images que la dernière fois, celles des fenêtres, volets, ombres vacillantes, floues. La scéne du drame est théatralisée au possible : images fixes, angles uniques, nom de tous les protagonistes (chef de la police, ministre, psychologues, témoins, etc.)
Le journaliste ne manquera pas de faire remarquer qu'avant cette péripétie le quartier était le plus calme du monde. S'il s'agit d'une ville ou bourgade provinciale, on aura droit au nombre d'habitants, voire la composition de la spécialité culinaire locale (1).
Gros plans sur les larmes et l'angoisse des parents. Plans de l'enfilades des ambulances/SAMU qui attendent. Discours grave des responsables. On nous promet un suivi minute par minute. On nous promet de nous déranger en plein feux de l'amour, même, au pire, s'il le fallait, s'il se passait quelque chose.
Ensuite on attend. Et vaut mieux qu'il se passe quelque chose assez vite, sinon, comme en ce moment avec la prise d'otages aux Philippines, le sujet passera après Roland Garros, si il est évoqué. 41 jours c'est trop, 3 c'est bien, nominal.
Dans tout les cas, on nous fera croire que la situation est ,grace à des psychologues et des spécialistes, dans tout les domaines, "parfaitement maitrisée". Pourvu que ce la ne dure pas trop, sinon ça va maitriser plus fort encore. Et, immanquablement, 3 à 4 jours plus tard, les savants trouvent la solution... finale : la balle dans le crane.
Notez que le médias ne sont normalement pas au courant de l'opération avant qu'elle n'ait lieu. Sauf dans le cas Luxembourgeois, où les flics se sont fait passer pour des journalistes (probablement des fois on peut confondre), et ont donc demandé l'attirail auprès de RTL, qui n'a pipé mot à personne.
On a dit qu'une arme était cachée dans une fausse caméra embarquée par de faux journalistes, alors méfiez-vous maintenant si on vous dis "souriez ! vous êtes filmé", ce sera peut être votre dernier sourire.
Lu sur le site de RTL : "La police luxembourgeoise a refusé de confirmer l'information sur l'arme cachée dans la camera. Et en général a estimé qu'il ne convient pas de trop détailler la technique employée en prévision d'autres possibles opérations. "
Motus et bouche cousue donc. On vous servira le plat commandé, mais pas la recette.
Dans les deux cas : armes à feu, balles, un mort, un blessé grave.
Rien d'autre n'a été inventé depuis ? Sur un billard, j'ai été assomé en une fraction de seconde, pour me réveiller bien plus tard. On n'a pas une seule drogue qui endormirait le méchant en moins de temps qu'il ne faut pour le dire ? Quitte à lui loger un bout de métal dans le corps, autant que ce soit une aiguille. Aprés tout le médecin anésthésiste n'est pas obligé de faire les sommations d'usage avant de vous endormir.
Évidement, il doit y avoir un risque, le risque que le malade se réveille pendant l'opération; ou bien ait du mal à s'endormir. Avec une balle dans la tête, pas de danger, avec 2, on l'a vu, il y a un risque que le type s'en sorte, avec 3, il est mort. Le chargeur entier est reservé à l'ennemi public numéro 1, et à sa compagne, les éclats (Mesrine, 26 novembre 1979). Le vrai tueur, lui, jouit de toute l'impunité que la hiérarchie policière et politique peut lui assurer. Après tout, il est formé à ça, il a peut-être aussi des enfants. Il est aussi dispensé de sommations.
On me dira que la vie d'innocents était en jeu, que c'était la seule façon de faire, que si "c'était mon môme qui était la dedans je serais aussi d'accord pour qu'on tue le preneur d'otage", que de toute façon les assassins d'enfants méritent la mort (pour les plus abrutis extrémistes).
Et bien non.
Je refuse de croire que nous n'avons pas la technologie pour endormir un homme instantannément, quitte à ce que ce soit douloureux, au pire.
Mais assassiner, en direct à la télévision, un chômeur déprimé à qui on à enlevé ses enfants, ce n'est rien d'autre que la retour de la peine de mort instantanée, sans jugement, le résultat de quelques décideurs adepte d'une justice expéditive.
Souhaitons que Meji Bejaoui survive, pour lui, pour ses enfants, et pour qu'il puisse témoigner. de son désespoir.
Il est probable qu'il ne soit jamais jugé, considéré comme psychopathe, interné, réduit au silence.
Comme après un match perdu, il est probable qu'on repasse le film d'archive au tireur d'élite, profession : sniper, en analysant comment il a été possible de rater une cible aussi facile. Il fera mieux la prochaine fois.
(1) Je me demande même si ce ne ce n'est pas là un message codé, de journaliste à journaliste, une sorte de d'appel du ventre de l'expatrié parisien (en mission en province) qui propose à son poteau resté au bercail de venir le rejoindre pour se taper la gastronomie régionale au frais (de mission) de la maison.
Mai 2000