La Console de l’Ordinateur

Les femmes aux commandes de l’ordinateur.

La Console de l’Ordinateur

Les femmes aux commandes de la machine.

Un ordinateur sans entrées-sorties ne sert à rien, car il ne pourrait soit accepter de paramètres, soit afficher le résultat de la computation qu’il est censé effectuer.

Les premiers ordinateurs étaient des mécaniques complexes constitués de milliers de tubes électroniques, de relais électromagnétiques, d’interrupteurs, éventuellement de cuves de mercure, de lignes à retard, de multiples alimentations électriques et d’un câblage complexe reliant le tout.

Au premier plan, deux oscilloscopes sur leur chariot.

Programmer ces colosses, surveiller les composants et l’état de la machine (contenu de la mémoire, état du processeur, etc.) n’était pas une tâche évidente. L’oscilloscope était indispensable pour trouver d’où provenait une panne.

Pour les premiers, l’ENIAC (mis en service en 1946) ou l’EDVAC (1949), la programmation consistait à câbler les unités composants de l’ordinateur dans une certaine configuration tel que la séquence désirée d’opérations se déroule. En tout une trentaine de personnes par période de 8 heures étaient nécessaires à sa bonne marche.

Le câblage, forme de programmation matériel plus que logicielle, était de la responsabilité des “operators”, qui étaient souvent des opératrices. Dans le cas de l’ENIAC, elles étaient 6 (un film leur est dédié). Dans celui-ci l’une d’entre-elles dit :

The ENIAC was a son of a bitch to program.L’ENIAC était un (vrai) fils de pute à programmer.

Ce que l’on veut bien croire.

Opératrices programmant l’ENIAC.

L’EDVAC fonctionna jusqu’en 1961, pour être remplacé par le BRLESC (1962). Entre temps, les concepteurs de l’EDVAC avaient quitté leur employeur initial pour monter leur propre société qui mit au point l’UNIVAC I.

Je parle des fameux ingénieurs : John Mauchly et J. Presper Eckert plus tard rejoint pas le mathématicien et informaticien John von Neumann.

C’est à partir des années 1955–1960 que les choses deviennent intéressantes si on intéresse aux panneaux de commandes, à la console opérateur, appelez là comme vous voulez, qui permet de surveiller le fonctionnement de l’ordinateur en temps réel, et d’agir sur lui, par exemple pour stopper un calcul ou inspecter le contenu de la mémoire.

La console opérateur de l’EDVAC, simple et dépouillée, elle comprend des indicateurs lumineux, des interupteurs, et un oscilloscope.

Après quelques égarement Eckert et Mauchly concoivent l’UNIVAC I (1951). Et là on peut dire que la console comment à rassembler à quelque chose, noir bakélite, normal pour le premier ordinateur commercial.
Et si c’est une femme au volant, ce n’est pas pour servir juste d’argument de vente (cf. Grace Murray Hopper tout en bas de cette page).

Au commande de l’UNIVAC I

Une petite machine produite par une société avec un nom en 3 lettres qui sera pionnière dans l’histoire de l’informatique, IBM, le modèle 709 date de la fin des années 1950 (août 1958 exactement), avec toujours madame aux commandes (Ruth Kilby) et monsieur à la manutention (Tad Kishi). Le 709 est encore entièrement à lampes.

IBM 709

Puisque nous somme dans les années 1955–60, arrêtons nous un instant sur un ordinateur d’aspect insignifiant, le Burroughs B205 (à lampes) dont la console est représenté ci-contre.
Si elle vous rappelle quelque chose, c’est normal, elle a servi de décor dans de nombreuses séries TV des années 60. C’est la Bat Computer de Batman (1966–68) et on la voit aussi dans Lost in Space (Perdus dans l’espace) et même dans la Planète des singes et d’autres.

Le BRLESC, en 1962, dans le style monumental digne d’un film de science fiction. Il est hybride transistors & tubes.

BRLESC

Le modèle II est plus discret.

BRLESC II

Le BRLESC fut la machine la plus rapide de son temps, avant d’être battu par le CDC6600 (1964), alors qu’on entre clairement dans l’ère (pré)Star Trek dont le premier épisode sera produit en 1966.

CDC6600

Le concepteur de cet animal est Seymour Cray, qui continuera sa carrière en fondant sa société Cray Research, spécialisée dans la conception de super-ordinateurs (cf. plus bas). Entre temps, le CDC 6600 tiendra le haut du pavé de 1964 à 1969, pour être seulement détrôné par son successeur le CDC 7600.

Pendant ce temps IBM sortait son modèle 360/91, dont on ne peut nier qu’il mêlait l’utile à l’agréable avec un frontal à interrupteurs de toutes sortes, des indicateurs lumineux, mais aussi un écran/clavier. Un véritable paquebot.

IBM 360/91

En 1972, le Burroughs B1700. Sa console n’offre aucun intérêt, mais l’on constate immédiatement que l’image de la femme dans son rapport avec l’informatique a radicalement changé, et pas pour le meilleur...

Burroughs B1700

À partir des années 1970, on commence à perdre les frontaux digne de ce nom, pour entrer dans la famille des petits frontaux qui font moins peur. Le prix de ces mini-ordinateurs est une fraction de ce que coûtaient les mainframes (ordinateurs centraux).

La gamme des PDP-11 construit par Digital Equipment Corp. (DEC) sont des classiques. Comme les bonbons ils existent dans toutes sorte de couleurs et nombre de bits (12, 16, 18, 36).

Avec l’ère du microprocesseur, s’en fut définitivement fini pour les consoles à interrupteurs et lumières clignotantes, un des dernier est le classique MITS Altair 8800B à base du microprocesseurs Intel 8080.

l’Altair 8800b (1975).
La calculatrice Olivetti, publicité de 1973.

Enfin, ce très court panorama serait incomplet sans la mention des calculatrices, ces ordinateurs de poche dédiés à l’arithmétique, rendant les mêmes services que ceux dont se servaient les femmes qui calculaient les tables balistiques à la main pendant la seconde guerre mondiale.

Dans la publicité ci-contre, tout à fait représentative des années 1970, le produit, présenté comme high-tech dans les petits caractères, enrobé d’une peau que l’on aimerait toucher utilise la femme comme ultime faire-valoir esthétique. La calculatrice est belle, donc utile, comme la femme, semble exprimer la photo.

Le Cray-1 et sa forme en C si reconnaissable.

L’autre branche qui prolongera la gamme de machines vu plus haut est celle des super ordinateurs, qui n’ont plus besoin de console directement connectée tant ils sont complexes. En guise de “console” c’est un second (mini)ordinateur complet qui servira de frontal. Un seul exemple, le Cray-1, vendu officiellement pour la première fois en 1977 dont la marque se confond avec le nom de son inventeur. Le frontal était un mini-ordinateur Data General SuperNova ou Eclipse.


Il y a aujourd’hui une prise de conscience de la faible représentation des femmes dans le domaine des sciences informatiques. Des associations comme ACM essaient par diverses actions de corriger la situation, en célébrant les pionnières de l’ère informatique moderne, et plus seulement Ada Lovelace (1815–1852) et Grace Hopper (1906–1992), en proposant des solutions pour amener plus de femmes à faire carrière dans le domaine.

Entre temps, c’est avec plaisir que l’on peut visionner la véritable saga de ces jeunes femmes qui dans les années 1945–55 étaient aux commandes des ordinateurs les plus modernes de l’époque, comme illustré par ces quelques films notables (en anglais).

Dans ce remarquable petit film d’époque (restauré) on peut voir comme l’ENIAC était programmé, et sa conception modulaire.

Le processus d’élaboration d’un programme est bien montré dans cette vidéo

Grace Hopper entourée d’hommes d’origines diverses (console UNIVAC I).
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